IIIEME DIMANCHE DE CAREME

LA SAMARITAINE

La liturgie de ce dimanche s’attarde sur le signe de l’eau, le vocabulaire de la soif. Elle nous rappelle que nous sommes en attente et que nous avons à recevoir du Christ, notamment dans l’Eucharistie, le sacrement qui est source de toute vie chrétienne.

Vous trouverez ici un commentaire sur un texte, un chant et un geste propres au Carême, puis une brève méditation et des suggestions de chants à écouter.

UN TEXTE

L’Eglise nous donne aujourd’hui dans la liturgie de la messe, dans les paroisses où ont lieu des scrutins de catéchumènes du moins et pour l’année A, le passage dans lequel le Seigneur Jésus demande à boire à une Samaritaine, au puit de Jacob, dans l’évangile selon St Jean (Jn 4, 5-42). Même si le passage que nous entendons à la messe est plus long, concentrons-nous sur l’épisode de la Samaritaine : 

C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire,à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eauaura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »   Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en a eu cinq,et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent,c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »

Nous connaissons la mauvaise opinion qu’ont les Juifs de la Samarie grâce à la parabole du bon Samaritain : sans doute avons-nous déjà entendu que ce choix de Jésus de montrer un Samaritain faire le bien quand les Juifs optent pour l’inaction est surprenant, même choquant pour ses contemporains. Imaginons donc la réaction des Apôtres lorsque, quelques instants après notre passage, ils trouvent le Fils de Dieu, le Messie, échangeant tranquillement avec une Samaritaine, dont ils entendront probablement très vite la situation. 

Le texte est construit autour de l’idée de soif et de boire. Le Seigneur demande à boire, la Samaritaine s’étonne qu’un Juif agisse ainsi, et il lui répond que “si [elle savait] le don de Dieu et qui est celui qui [lui] dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est [elle] qui lui aurai[t] demandé, et il [lui] aurait donné de l’eau vive.” S’ensuivent des discussions sur la question messianique et l’identité de Jésus, notamment une progression dans la foi de la Samaritaine, qui voit d’abord le Seigneur comme un prophète, puis croit qu’il est le Messie. Concentrons-nous sur cette idée de soif. Jésus renverse les perspectives à double titre : d’abord, un Juif adresse une demande à une Samaritaine. Ensuite, ce Juif qui a soif, qui est apparemment dépourvu d’eau, affirme à cette Samaritaine qui est capable de lui en donner que c’est elle qui devrait lui en demander. Cette situation a quelque chose d’absurde, et pourtant elle est sur le point de mener à un improbable acte de foi. Evidemment, la réalité surnaturelle complète la réalité naturelle. Certes, la Samaritaine possède le moyen de recueillir l’eau du puits, mais c’est bien le Christ qui dispose de l’eau de la vie. Comme souvent, cette parole du Christ trouve plusieurs échos pour nous. D’une part, le Seigneur est la source pour mener une vie plus pleine. Il est la source dont l’eau vivifie notre existence. D’autre part, la source évoque, pour nous catholiques, à la fois le Baptême qui nous lave du péché, qui nous donne la vraie Vie, qui nous “vivifie” littéralement, et en même temps le sacrement de l’Eucharistie. Dans l’Eucharistie, nous apprenons à connaître le Seigneur, nous goûtons à sa “présence réelle”. 

UN CHANT

Pensons pour ce dimanche au magnifique Sicut Cervus de G. P. Palestrina. “Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme vous cherche, ô mon Dieu”. Quoique ce psaume n’ait pas été choisi pour figurer à côté de l’évangile de la Samaritaine dans la liturgie, il lui répond parfaitement. 

Nous pouvons aussi songer à des chants plus habituels pour nos paroisses, comme Venez vous abreuver. Ce chant nous met face à une réalité réjouissante : même si le texte nous dit “Venez vous abreuver à la source cachée”, la source n’est pas si cachée qu’il paraît ! C’est l’Eucharistie, c’est le Christ ! Certes, il n’est pas visible au moment de la consécration, de la communion ou de l’adoration, mais nous le savons : “visus, tactus, gustus in te fallitur, sed auditu solo tuto creditur”, pouvons-nous chanter dans la prière Adoro Te devote de St Thomas d’Aquin, “la vue, le toucher, le goût, ont échoué devant toi, ce que l’on entend apprend seul à croire”. L’Eglise, notre Sainte Mère, dans sa pédagogie, nous enseigne à reconnaître dans l’hostie notre Maître et Seigneur. Toute la Tradition nous conduit là : abreuvons-nous au mystère de l’Eucharistie, dans lequel réside tout le mystère du Christ. 

Pensons encore au chant Source de tout amour, dont le texte est de Mgr Gobillard. Justement, encore une fois, ce chant nous aide dans notre compréhension de l’Eucharistie. Ce sacrement, le don du Christ dans son dernier repas, n’est-il pas l’exemple du plus grand amour, la cause de la vie éternelle pour les hommes et le don parfait ? Ce chant est à la fois chant d’offertoire et chant eucharistique : nous y offrons tout notre être au Seigneur, cœur, corps, esprit, mais notre don ne fait que participer à l’immense don du Père en son Fils, et don du Fils de sa vie. 

UN GESTE

Le geste de l’aspersion s’est perdu dans la plupart des paroisses en dehors du temps pascal. Il est pourtant particulièrement adapté au Carême. Il s’agit d’un geste pénitentiel, qui nous rappelle que nous avons à être purifié pour entrer dans les Saints Mystères. Il est même enraciné dans la tradition des ablutions rituelles juives et nous ramène à cette idée de source vive. Dans le missel de St Pie V, l’aspersion a lieu avant la messe proprement dite, et le prêtre ne revêt la chasuble qu’après celle-ci : sur le seuil, nous demandons la miséricorde du Seigneur, comme lorsque nous nous signons avec de l’eau bénite. La place de l’eau est importante, c’est un signe de pureté, de purification même. Prêtons attention à ces gestes habituels, comme le signe de croix à l’entrée de l’église, en ayant trempé les doigts dans l’eau bénite. Profitons du carême pour les vivre plus pleinement : ce sont des signes qui nous font tendre vers la réalité toute proche de la Résurrection et du retour de notre Seigneur.

Quelques suggestions musicales
Sicut cervus, G. P. Palestrina VOCES8: Sicut Cervus by Giovanni Pierluigi da Palestrina
Source de tout amour, M. Frisina et E. Gobillard Source de tout amour 
Dieu éternel et bon, Bebenek Dieu éternel et bon